Partager l'article ! Catherine Trilles Esprit Sculpture: Catherine TRILLES   ...
Catherine TRILLES
Pourquoi le carton ?
A la question de pourquoi le carton, depuis quand le carton ? Il m’est toujours très difficile de répondre tant cette matière s’est imposée comme une évidence. Ce n’est pas un choix mûrement réfléchi c’est le fruit une rencontre. Je l’ai rencontré lors de mes études, et on ne s’est pas quitté. Si quelques années… mais les retrouvailles couvaient.
Si je parle du travail possible avec cette matière, il me faut intégrer la notion de « sculpture douce ». Ce terme est me semble t’il sans doute approprié à ma façon de travailler, de pouvoir sculpter.
La matière carton est instigatrice de cette notion ; le travail du carton ne me blesse pas comme pourrais le faire la pierre, le bois ou encore le métal et même s’il est question de découpe avec des outils tranchants, de martelage, de ponçage, aucune impression désagréable sur mes mains ne vient interférer dans mon travail.
La récupération
La récupération est intéressante dans le fait de transformer un objet pour en réaliser un autre. Dans la récupération du carton, le transformer en sculpture c’est un peu lui donner un titre de noblesse et j’aime assez l’idée. J’aime savoir qu’un pauvre carton abandonné ne sera plus vu de la même manière. J’ai toujours bricolé depuis petite avec des petits bouts de choses trouvées ici et là. Il ya sans doute aussi une éducation à se mouvoir avec l’environnement, un respect tacite… et puis j’ai horreur de jeter pour jeter, l’idée de consommer sans réfléchir.
L’œil et la main
Si le regard est là pour donner une certaine existence à l’œuvre, pour lui donner une certaine légitimité quant au plaisir que l’on éprouve, les mains façonnent, et nous aident à prendre contact avec la matière. L’importance des sensations tactiles permettent d’envisager l’objet différemment. Il n’est jamais question seulement du regard.
La Technique
Fabriquer son bloc
La technique de fabrication est toute simple. Je fabrique mon bloc auquel j’aurais déterminé une forme en fonction de ce que je souhaite façonner. Je découpe mes plaques de carton en nombre suffisant pour avoir l’épaisseur voulue. Les plaques sont collées entre elle avec une colle à bois diluée. Le bloc obtenu est placé sous presse un certain temps selon l’humidité de l’air.
Lorsque le bloc est prêt à être exploité, je sculpte…
Je découpe, je taille, j’arrache, je lime, je martèle, je ponce, j’encolle des papiers, des « peaux de carton » ou encore des fibres textiles…
La pièce est in fine teintée avec des pigments mélangés à du liant acrylique ou encore et de plus en plus souvent avec du brou de noix.
Les pigments, le brou de noix
J’utilise en règle générale des ocres et j’ai quelques fois recours à des pigments d’origine chimique mais rarement.
Depuis quelques temps je m’intéresse à la profondeur de la teinte du brou de noix et je l’utilise résolument pur et d’autre fois en association avec des pigments.
Les références aux autres matières
Une chose amusante : le doute. Rares sont les personnes qui d’un prime abord sauront que mes sculptures sont en carton, elles penseront à du bois, du cuir, du métal parfois. Si j’essaie de comprendre, je traduis cela par notre regard qui est chargé de références (références culturelles par exemple) qui nous font poser sur les choses qui nous entoure un regard non vierge.
La forme récurrente : le Cercle
Le cercle serait comme une promenade de la pensée, comme un parcours qui permettrait une sorte de mise état de divagation de la pensée. Le cercle est également une forme douce, confortable, commune à tous qui ramène dans un lieu intra utérin.
Il n’est pas question d’enfermement dans ces cercles ci. Quelques fois ils deviennent ovales et permettent une érection de feuillages graphiques, ils s’ouvrent, laissent des béances regardables à l’envie dans l’interstice desquelles peut se mouvoir l’esprit, errer l’imaginaire. Ils deviennent des lieux de rencontre de pensées en pensée, d’association en association. J’aimerai l’idée d’un état de veille, d’un temps suspendu.
Pourquoi les trous ?
Les trous c’est la curiosité, c’est le petit trou de la serrure, c’est le voile sur « l’origine du monde ». C’est aussi la question que l’on peut se poser lorsque l’on trouve un objet percé : la main de l’homme, le travail de la nature, la fonction, l’élégance naturelle…
C’est également le voir à travers, la percée d’un espace temps, une frontière peut-être entre un avant et un après.
C’est aussi l’enfance, un rappel à ces galets trouvés, à ces noyaux d’abricots percés pour en faire des sifflets, à ces trous dans la terre qui fascinent et inquiètent et finalement celui par lequel on devient au monde.
Pourquoi les tubes en verre ?
Beaucoup les oublient ces tubes en verre. Et pourtant ils donnent à certaines de mes pièces une fonction, celle de recevoir une tige végétale. En fait ils étaient jusqu’à présent très important pour moi, intégrer du vivant m’importait, peut-être parce que cela me procurait une certaine légitimité. En fait le chemin pour les enlever fut long et rempli de réflexion et d’aller retour.
Je continue à fabriquer les soliflores pour des raisons de commandes mais je me dirige plus sûrement vers un travail de sculpture